23 mai 2007

 

Les Métis relèvent la tête

L’Union nationale métisse Saint-Joseph est la plus ancienne et la plus discrète organisation métisse du Manitoba. Les Métis francophones de la province s’affirment toutefois de plus en plus et ils ont de moins en moins honte de leur passé et de leur histoire.

« On ne peut pas parler de l’histoire du Manitoba sans parler de l’histoire des Métis de 1869-1870. C’est Riel qui a assuré les droits de la langue française lorsque le Manitoba a fait son entrée dans la Confédération », rappelle le président de l’Union, Gabriel Dufault.

Fondée en 1887, deux ans après la mort du leader et héros Louis Riel, l’Union nationale métisse a pour mandat la préservation de l’histoire et de la culture métisses canadiennes-françaises. Il s’agit de la seule organisation métisse francophone de la province.

«Les personnes de la génération de ma grand-mère avaient une certaine crainte de s’afficher comme Métis, raconte Gabriel Dufault. On pensait que la persécution et la discrimination allaient se poursuivre. Je relatais à ma grand-mère certains faits historiques et je lui demandais de me parler de cette époque et elle me disait toujours : “On ne parle pas de ça!” Il y avait une certaine honte à cause de la pendaison de Riel. Plusieurs de ces familles avaient perdu leur terre après l’entrée du Manitoba dans la Confédération. Grand-maman avait vécu cette période et avait subi de la discrimination. Conséquemment, les Métis s’affichaient plutôt comme Canadiens français.»

Farouchement indépendants, les Métis canadiens-français n’ont jamais demandé une seule subvention gouvernementale pour réaliser des projets visant à souligner leur histoire, comme le buste de Louis Riel érige sur le terrain du Musée de Saint-Boniface à l’occasion du 100e anniversaire de sa mort, en 1985, et le monument Riel qu’on retrouve au cimetière. Mais les mentalités ont évolué. «On ne voulait pas faire de demandes de subvention parce qu’on avait peur que les agences gouvernementales nous dictent nos actions. Aujourd’hui, on se dit qu’il faut absolument faire connaître notre histoire.»

S’il est de moins en moins difficile de s’afficher comme Métis au Manitoba, cela ne veut pas dire que la discrimination a complètement disparu. «Être Métis est devenu beaucoup plus acceptable, mais il est plus facile d’être un Métis anglophone que francophone. C’est à cause de l’organisme provincial Manitoba Metis Federation, qui semble favoriser davantage les Métis anglophones. Cette bataille dure depuis longtemps », affirme M. Dufault.

Mais les Métis, autant les anglophones que les francophones, ont également de la difficulté à se faire accepter par les nations autochtones. « J’ai eu des discussions avec des représentants de l’Assemblée des Premières nations et ils aimeraient bien que les Métis cessent de s’appeler les Autochtones. Je leur ai rappelé les changements constitutionnels de 1982, qui incluent les Métis et les Inuits dans la définition d’Autochtone. »

Pour Gabriel Dufault, les Métis du Manitoba ne sont pas les seuls qui ont le droit de se définir ainsi. «Je crois qu’il existe des Métis dans notre pays et qu’il en a existé neuf mois après l’arrivée des explorateurs au Canada, ce qui comprend les Métis des Maritimes et du Québec. À la rivière Rouge, ce sont surtout des descendants des voyageurs provenant du Québec, principalement embauchés par la Compagnie du Nord-Ouest, qui ont marié des femmes Premières nations. Moi, j’adopte la définition de Métis dans son sens large et je considère que les gens qui s’identifient comme Métis au Québec sont aussi Métis que nous, de la rivière Rouge.»

La culture métisse c’est aussi une langue, le metchif français, qui est essentiellement une façon différente de prononcer les mots en français. Cette langue est encore parlée couramment à Saint-Laurent. « On parlait très peu d’autres langues à la rivière Rouge. On parlait beaucoup le metchif français, mais on parlait également le sauteux, le cri, puisque c’était l’endroit où il y avait énormément de traite, d’échange, surtout à La Fourche.»

La culture métisse dans l’Ouest, ce sont aussi des traditions culinaires. «La galette, ou bannock, c’est encore populaire. Nous offrons de la galette à chaque évènement à l’Union nationale métisse. On a aussi des sucreries, qu’on appelle des croquignoles. Cela aussi fait partie du patrimoine culturel des Métis.»

Quel avenir Gabriel Dufault entrevoit-il pour son peuple? «Je pense qu’on va être capable de s’afficher avec encore plus de dignité, de parler de ce qu’on a accompli dans le passé et de prendre la part qui nous revient. Je vois ça dans un avenir rapproche, d’ici à cinq ans.»

Gabriel Dufault
Saint-Boniface, Manitoba
Entrevue réalisée en juin 2004.

Libellés : , ,


This page is powered by Blogger. Isn't yours?